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12 février 2010

PARIS 8 DÉNONCE LA MISE EN PLACE DE LA MASTÉRISATION

Appel des conseils centraux de Paris 8 réunis le vendredi 22 janvier 2010.

Une fois de plus, les ministères concernés par la réforme de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré ont décidé de ne tenir aucun compte de l’avis unanime de la communauté universitaire. Tous les textes rendus publics depuis un mois, du cadrage général de la réforme à la circulaire sur le contenu des épreuves des concours, confirment malheureusement ce que l’on pouvait craindre. Malgré le refus inédit par la quasi unanimité (des syndicats à la FCPE ou à la CPU) des membres du CNESER le 21 décembre dernier (seuls l’UNI et le MEDEF approuvant le texte gouvernemental), malgré la dénonciation par tous les syndicats des décisions prises, malgré les condamnations de cette politique par près d’une trentaine de conseils centraux d’université, les ministères entendent poursuivre leur démarche de destruction programmée du contenu disciplinaire et professionnel de la formation des futurs enseignants.

Les conseils centraux de l’Université Paris 8 réunis en séance commune dénoncent avec la plus grande fermeté les arrêtés et circulaires rendus publics depuis un mois sur cette question, dans la continuité de leurs prises de position précédentes. A l’instar de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche, unanime, ils considèrent que cette réforme est inacceptable et que les décrets doivent être abrogés.

De fait, il est tout simplement impensable de satisfaire les obligations contradictoires de calendrier (concours en début de M2) et de contenu de la formation telles qu’elles sont édictées par les textes officiels : il n’est pas sérieux de demander aux étudiants la même année de faire des stages, de préparer en quelques mois un master recherche, un mémoire, un oral de concours (voire de plusieurs concours), sans compter une initiation aux relations internationales, à l’administration de l’éducation nationale et bien sûr une réorientation anticipée en cas d’échec au concours.

Les conseils centraux de l’université Paris 8 considèrent par ailleurs qu’il est impensable qu’une telle réforme engage, sans rien en dire, la suppression des IUFM et de leur potentiel d’expertise pédagogique, ne dessine aucun cadre national, au risque de très grandes disparités territoriales, ne prévoit aucun dispositif d’aide sociale aux étudiants, renforçant la précarité des étudiants. De ce fait, cette réforme aggrave ainsi encore les dispositions qui avaient suscité la forte mobilisation de l’an dernier et va renforcer les logiques de précarisation de l’emploi. Les Conseils centraux de Paris 8 affirment qu’une telle réforme menace l’Education Nationale dans son fonctionnement et dans ses fondements.

C’est pourquoi, désireuse de continuer à défendre une formation conciliant les exigences scientifiques et les apports professionnels nécessaires aujourd’hui aux métiers de l’enseignement et de l’éducation, l’assemblée générale des trois conseils réunis ce vendredi 22 janvier décide que l’Université Paris 8 :

- ne change rien à son offre de formation en master ;

- continuera, sur la base de son attachement à une formation cohérente des futurs enseignants, à proposer aux étudiants de vraies préparations à l’enseignement dans le premier et second degré ;

- ne prêtera pas son concours à l’organisation des stages qui, tels qu’annoncés par le ministère, sont inefficaces et dangereux.

Cette réforme s’inscrit dans un environnement rendu par la LRU fortement concurrentiel. Les conseils centraux de l’UP8 considèrent nécessaire et indispensable que s’affirme une convergence entre les universités, sur le plan national comme académique, sur les propositions énoncées ici, afin que leur point de vue soit enfin pris en compte par le ministère. Ils appellent toutes les universités françaises par l’intermédiaire de leurs conseils centraux à prendre ainsi une position commune.

Appel de l’IUFM de Seine-Saint-Denis aux universités

L’assemblée générale de l’IUFM de Créteil, site de Seine-Saint-Denis, réunie le 18 janvier à Livry-Gargan, a adopté, à l’unanimité des 70 présents (PE1, PE2, titulaires et néo-titulaires en formation continue, formateurs) la position suivante : Ne pas s’impliquer dans l’élaboration des maquettes de masters et parcours pour les étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement et exiger le retrait de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants reste la seule position cohérente. Des délégués de l’I.U.F.M. seront porteurs de cette position auprès de la Coordination Nationale des Universités du 25 janvier. Dans un climat de découragement dû à plusieurs mois de mobilisation n’ayant pas empêché la promulgation des textes gouvernementaux, certains formateurs IUFM et enseignants-chercheurs estiment qu’il faut désormais s’engager dans la mise en oeuvre de la réforme. Or, ceux qui s’y essaient, souvent animés des meilleures intentions, se heurtent à l’infaisabilité de cette prétendue réforme. A titre d’exemple, à l’université de Strasbourg, le groupe de travail associant des représentants des facultés, des corps d’inspection et des représentants des syndicats, groupe constitué lors de trois journées d’étude sur la formation aux métiers de l’enseignement, a conclu : « Il n’apparaît pas possible aujourd’hui de concilier lors de la deuxième année de master une formation professionnelle de qualité et une préparation aux épreuves qui donne aux étudiants de sérieuses chances de réussite aux concours. » « Dans les prochaines semaines, l’université de Strasbourg et ses facultés vont devoir faire un choix douloureux si elles ne veulent pas saborder leurs diplômes de master :
- proposer une formation professionnelle de qualité en réaffirmant le rôle central que doit y jouer l’IUFM d’Alsace, mais risquer d’hypothéquer les chances de réussite des étudiants aux épreuves des concours
- préparer efficacement les étudiants aux épreuves des concours, mais programmer de fait l’extinction de l’IUFM d’Alsace et accepter d’envoyer sur le terrain des enseignants non formés. » Par ailleurs, là où la mise en stage en responsabilité des étudiants préparant le concours 2010 est mise en oeuvre, des mouvements de résistance s’organisent tant de la part des étudiants, des parents d’élèves et formateurs IUFM que de la part des maîtres-formateurs (voir académie de Paris). S’investir dans l’élaboration des masters ou parcours,

· c’est se résigner à ce que, dès septembre 2010, des centaines de classes du premier et du second degré soient successivement prises en charge par de nouveaux enseignants venant tout juste de réussir le concours, sans formation professionnelle, et par 2 voire 3 étudiants de master 2 qui les remplaceront pendant le tiers-temps de formation qui subsiste,

· c’est se résigner à une aggravation des inégalités sociales, le premier salaire versé aux nouveaux enseignants n’arrivant qu’à bac + 6 au lieu de bac + 5,

· c’est se résigner à la quasi disparition de la formation continue des enseignants du premier degré sur le temps de travail,

· c’est se résigner à une dégradation importante de la recherche universitaire,

· c’est se résigner à une réforme qui menace l’existence des concours par le recrutement comme contractuels de titulaires de master « métiers de l’enseignement » ayant échoué au concours,

· c’est se résigner à une réforme qui vise la disparition d’une fonction publique d’Etat dans l’enseignement.

Alors que la C.P.U, la C.D.I.U.F.M., 28 C.A d’université, la quasi-totalité des syndicats d’enseignants, d’étudiants et de lycéens ainsi que les parents d’élèves de la F.C.P.E exigent l’abrogation des décrets et circulaires relatifs à la masterisation, alors que les journées d’action du 21 et du 30 janvier se préparent, l’heure n’est pas à la résignation mais à l’action !

 

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