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10 décembre 2013

LA MASCARADE DU "CHANTIER MÉTIER"

Le ministère a ouvert un cycle de discussion sur la "redéfinition des métiers" dont 5 "chantiers" concernent le premier degré (PE, direction d’école, PEMF, Rased, CPC). La réunion conclusive aura lieu jeudi prochain. Pour la grande majorité des collègues, les adjoints, il n’y a aucune mesure particulière.

Pour le reste, et au-delà de quelques mesures très contraintes par les choix budgétaires du gouvernement, on assiste plus fondamentalement à une volonté de renforcer le pilotage des circonscriptions (pôle ressource de circonscription), de remise en cause de la notion de réseau d’aides et de constitution d’une hiérarchie intermédiaire (CPC et directrices/teurs de grandes écoles). Ces mesures s’inscrivent dans une logique d’accentuation des différenciations internes et de remise en cause de l’unité professionnelle des enseignants des écoles.

Pour les PE

Le groupe de travail PE est assez emblématique de la vacuité des chantiers métiers qui traitent de pas grand chose en un minimum de temps. Si l’ensemble de la problématique conditions de travail et exercice du métier a été abordée oralement par les organisations syndicales, rien n’a été traité. Le ministère a juste rappelé ce qu’il avait déjà accordé en juin (ISAE, 24h d’AP forfaitisé) et traitera dans un second temps les modalités d’amélioration des conditions d’exercice en éducation prioritaire. Quelques points notamment sur les obligations de service des personnels en établissement médico-sociaux, en prison... seront traités plus tard.

Des points non budgétaires pouvant être résolus avec une petite volonté politique sont enlisés depuis le début de l’année (RIS sur temps de travail par exemple) ou vaguement traité pour la forme sans aucun changement fondamental (note mobilité et les mutations en général par exemple). Tandis qu’en parallèle, une dégradation des conditions d’exercice des remplaçants se profile (décret sur le statut PE permettant leur annualisation complète).

Direction d’école

Si le cadre reste toujours le décret de 89 en vigueur, il s’agit bien pour le ministère par petites touches de définir un "métier" particulier différent de celui d’enseignant des écoles. Un "référentiel métier" sera rédigé définissant les "activités propres au directeur d’école", les "connaissances spécifiques requises" et les "capacités/connaissances" à développer par la formation. Ce référentiel sera un outil pour le recrutement et la formation.

Concernant l’affectation, généralisation des postes à profil "pour les écoles les "plus complexes" (notamment les écoles situées dans les zones les + difficiles) après consultation des CAPD. Concernant la "simplification des tâches", au niveau national comme départemental, constitution de groupes de travail pour examiner des pistes de simplification pour la rentrée 2014.

Concernant la formation, trois fois rien : réécriture de la note de service de 1997 en s’appuyant sur le "référentiel métier". Réaffirmation des 5 semaines de formation préalable auxquelles s’ajouteraient "au minimum 3 journées supplémentaires" à la fin de la 1re année d’exercice. Les faisant fonction devront bénéficier d’une formation... Concernant l’amélioration des conditions d’exercice, trois fois rien : pour les écoles de moins de 4 classes (non déchargées), la décharge dite "de rentrée scolaire" passe de 2 jours à 4 jours. Les écoles de 5 classes et + seront déchargées d’APC. Les 3 et 4 classes déchargées de 18H (sur les 36H), les 1 et 2 classes resteront à 6H de décharge. La part complémentaire de l’ISS passera de 300 à 500 euros annuels pour les écoles de moins de 4 classes, de 300 à 700 pour les 4 classes, de 600 à 700 pour les 5 à 9 classes et sera inchangée pour les 10 et + (900 euros)

Enfin, le point supplémentaire lié à la fonction pris en compte dans le calcul du barème pour le passage à la hors classe sera généralisé à tous les départements et un accès au grade à accès fonctionnel (GRAF) sera réservé aux directeurs d’école (modalités à venir mais ciblage sur les directrices et directeurs sur postes à profil)... Les quelques bougés obtenus : on a fait péter pour les postes à profil, les "écoles de 14 classes et plus", mais elles peuvent revenir par la fenêtre comme école "plus complexe". Sur la formation, les "au minimum 3 jours" et le fait que les faisant fonction devront bénéficier d’une formation lors de la prise de fonction (mais rien sur sa durée..)

Mais rien sur la question centrale du temps de décharge, rien sur la non généralisation du point pour l’accès à la hors classe et notre refus du graf (tout le monde n’en est pas convaincu d’ailleurs)

Les RASED

Les groupes de travail RASED ont porté sur l’adaptation des missions à un repositionnement du réseau au niveau de la circonscription. L’objectif du MEN était d’attaquer la notion de périmètre d’intervention, coûteuse en postes mais qui garantit le travail en équipe sur un nombre limité d’écoles. Sur les missions, il s’agissait de rompre avec le suivi des élèves pour faire des RASED, surtout les G et les psys, des experts de la difficulté scolaire, intervenant en situation de crise sur tout le territoire de la circonscription, tels des "pompiers".

Sans le dire explicitement, le ministère veut remplacer RASED, qui disparaît des 3 fiches métiers, par la formule managériale de "Pôle ressource de circonscription", dans lequel l’IEN pourra piocher, en fonction des urgences, un jour un psy, un autre jour un maître G ou un conseiller pédagogique.

Or, sans fonctionnement en antenne, sans dispositif de suivi transversal des élèves et sans périmètre d’intervention limité, on ne peut plus aujourd’hui parler de RASED. Alors il y a fort à parier que dans les classes, nous n’aurons plus "d’accompagnants" mais rassurons-nous nous aurons des "intervenants" ! Et même en zone "difficile", priorité du MEN, les enseignants seront toujours aussi seuls face à la grande difficulté scolaire et les enfants toujours aussi peu aidés.

Maîtres formateurs et CPC

A l’issue des travaux sur les fiches métiers ces deux catégories de PE possédant la même certification (CAFIPEMF) subissent des sorts très différents. Le ministère avait annoncé dès le départ sa volonté de valoriser la fonction du CPC en jouant sur les rémunérations et les perspectives de carrière. pour les CPC : un point supplémentaire dans le barème d’accès à la hors-classe et la possibilité d’accès à un GRAF comme pour les directeurs. Par contre, si les syndicats ont réussi à faire sauter la référence explicite aux 1607 heures, le ministère place les obligations de services des CPC dans le cadre général de la Fonction Publique... ce qui revient exactement au même. Donc aucune victoire sur ce point et le danger pour les CPC de devoir travailler 35 heures par semaines et 46 semaines par an.

Pour les PEMF

Le volume des missions est significativement accru puisqu’ils seront concernés par la formation continue et la formation à distance. Au regard de ces missions la question du volume de la décharge de classe a été posée par le SNUIPP-FSU. La réponse du ministère est alarmante et si elle est confirmée (la fiche métier reste assez laconique sur le sujet) elle compromet la participation effective des PEMF aux équipes d’ESPE et accroit la charge globale de travail : sur 9 demi-journées seules 2 feraient l’objet de décharges (3/9 avant Darcos et 2/8 depuis Darcos) et les deux heures consacrées à l’information personnelle seraient pratiquement toutes absorbées par les 108 heures.

Nous devons bien nous rendre à l’évidence que le changement tant attendu pour notre métier et nos conditions de travail ne pourra venir que d’une mobilisation forte et collective de toute la profession. Nous devons reprendre la main sur nos métiers.

Suivi du chantier par le SNUipp-FSU

 

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